Maison de Retraite de Saint-Chély d'Aubrac : des origines à l'Oustalet

«Aux origines de l'Hospice de Saint-Chély d'Aubrac» par Jean-Pierre Barès

«Aux origines de l'Hospice de Saint-Chély d'Aubrac» par Jean-Pierre Barès

À l'occasion de l'inauguration de l'Oustalet, Jean-Pierre Barès nous propose un opuscule «Aux origines de l'Hospice de Saint-Chély d'Aubrac (Aveyron)» retraçant comment cette auguste maison a été créé et comment elle a su se transformer depuis un siècle et demi. Comme le souligne Jean Delmas, conservateur général honoraire du Patrimoine, dans la préface. le principe de la fondation est très ancré dans le contexte culturel de l'Aubrac. Le XIIème siècle a vu la fondation du Monastère d'Aubrac portant secours aux pèlerins, mais aussi aux malades, aux pauvres et indigents des paroisses voisines. En 1621, c'est un double collège, un pour les filles, un pour les garçons, qui est fondé à Saint-Chély d'Aubrac, avec des places gratuites réservées à des enfants des plus pauvres du village. La révolution bouleversa ces institutions, mais ne tarit pas cette longue tradition d'hospitalité. Ainsi en 1766, Jean Valette donne maison, jardin et mobilier pour en faire une école de filles. Quelques mois plus tard, seront initiés les premiers pas vers la fondation de l'Hospice.

Le 29 mars 1868, Louis Mallet lègue à la commune de Saint-Chély la somme de 500 Fr. pour la création d'une salle d'asile. Il est suivi dans sa générosité par Marianne Sabrié qui, le 9 septembre 1868, donne 100 Fr. au titre de l''asile et 100 Fr. pour un établissement destiné à servir les malades. Ces sommes n'étaient payables que durant quatre ans si ces établissements étaient formés. En 1872, Monseigneur Bourret, Evêque de Rodez et de Vabre note qu'il se forme un hôpital à Saint-Chély.

Le 5 août 1873, Jean-Antoine Miquel, notaire, lègue à la cure de Saint-Chély une maison, grange, jardin et bassecour, le tout attenant et ne faisant qu'un seul corps, produisant 50 Fr. de revenu annuel, équivalent à un capital de 2000 Fr. Cette donation est faite à la condition express que les immeubles soient convertis en un hospice. S'en suivront quelques péripéties administratives pour l'acceptation de ce don et définir le statut adéquat. Cela aboutira sous la forme d'une fondation qui sera reconnue d'utilité publique par un décret du 24 avril 1876 signé à Versailles par le Maréchal de Mac Mahon,  Président de la République. Cette fondation est placée sous la surveillance du préfet de l'Aveyron et sous l'autorité du ministre de l'intérieur.  L'Hospice est administré par un conseil présidé par le curé de la paroisse de Saint-Chély. Au quotidien, il fonctionne sous la responsabilité de religieuses rattachées à la communauté d'Estaing. Cette convention durera jusqu'en 1979 où elles seront remplacées par des Ursulines du couvent de Malet. Ces religieuses sont chargées de l'accueil et des soins aux malades, dont une dizaine est dénombré en 1898. Pour subsister, l'Hospice bénéficie entre autres de dons reçus par la fondation. Ces dons vont aussi lui permettre des agrandissements et des rénovations.

En 1921, M. Issali fit dont à l'amicale des enfants du canton de Saint-Chély d'une maison jouxtant l'hospice afin d'agrandir celui-ci. Il fut fait le choix de détruire et de reconstruire un nouveau bâtiment plus grand et plus fonctionnel. En 1972, l'espace étant devenu insuffisant et l'école des garçons ayant fermé en 1968 libérant un espace au cœur du village, un nouvel édifice est construit, l'ancien bâtiment devenant l'annexe. Ce gros chantier est mené par l'abbé Pierre Romieu qui collectera des fonds auprès de la population locale et de la communauté parisienne. En 1979, pour la première fois, un laïque, Jean-Claude Fontanier, prendra la direction de l'Hospice. Il conduira à son tour des travaux d'agrandissement portant la capacité d'accueil à plus de soixante lits. Les statuts vont aussi être profondément remaniés avec la mise en place d'un conseil d'administration dont la présidente sera Geneviève Gasq-Barès. L'Hospice deviendra en 2002 «Maison de Retraite de Saint-Chély d'Aubrac» avant d'être renommée  «Maison de Retraite Abbé Pierre Romieu» en 2007.

Le 19 février 2008, Geneviève Gasq-Barès met à l'ordre du jour du conseil d'administration l'état de l'annexe qui devient préoccupant et qui est considéré comme prioritaire par le tout nouveau directeur de l'établissement, David Morin. Après six années d'étude, le conseil décide la réhabilitation des locaux et aboutit une nouvelle fois au choix de détruire et reconstruire. Cela a été rendu possible par le fait que les familles Higonet et Molinier ont accepté de céder une partie de leur propriété. L'objectif est que ce nouveau bâtiment dispose des fonctionnalités les plus avancées pour accueillir dans les meilleures conditions des personnes dépendantes. Cela fut rendu possible par la collecte de dons rendue possible par le statut de fondation reconnue d'utilité publique. La première pierre du nouveau bâtiment fut posée au printemps 2016. L'inauguration en présence de nombreuses personnalités eut lieu en octobre 2017 (voir ci-dessous le discours du président de l'amicale des enfants du canton de Saint-Chély d'Aubrac). Les premiers pensionnaires prirent possession des lieux dès les premiers jours de janvier 2018.

Cela n'est qu'un très bref résumé de l'ouvrage écrit par Jean-Pierre Barès, disponible à la vente auprès de la maison de Retraite (L'auteur a abandonné ses droits au profit de la fondation). Il est aussi disponible en consultation à la bibliothèque de la Fédération Nationale des Amicales Aveyronnaises.

Allocution de Pierre Vincens, Président de l'amicale des enfants du canton de Saint-Chély d'Aubrac lors de l'inauguration de l'Oustalet le 28 octobre 2017:

«Monsieur le Préfet, Monsieur le Sénateur, Monsieur le Député,, Monsieur le Président du Conseil Départemental, Mesdames les Maires,, Monsieur le Professeur, Monsieur le président du Conseil de l'Ordre, Monsieur le Curé, Mesdames et Messieurs,

Nous célébrons aujourd'hui l'achèvement de ce nouveau bâtiment, l'Oustalet construit à la place du bâtiment historique de l'hospice en plein cœur du village. Depuis 1873, et le leg fait par le notaire du village, que de chemin parcouru, que de transformations, toutes menées avec l'objectif de rendre plus facile la vie de nos anciens. À chaque étape, il y a eu des femmes et des hommes qui ont porté des projets ambitieux, qui y ont cru, qui les ont réalisé en mobilisant toute la communauté des enfants de Saint-Chély et Condom. Tous ces projets d'amélioration, y compris ce dernier, sont d'abord une réussite humaine.

Pour qu'un projet réussisse, il faut des leaders, d'abord le Conseil d'administration de la Maison de Retraite, avec à sa tête Mme Geneviève Gasq-Barès, ensuite, M. David Morin, devenu directeur de la Maison de Retraite il y a 10 ans, succédant à Jean-Claude Fontanier.

Les exigences en terme de normes mais aussi en terme de satisfactions des besoins des résidents sont de plus en plus élevées. Des adaptations sont en permanences nécessaires pour les satisfaire. Cela nécessite bien sûr des financements conséquents alors que dans le même temps, les dotations sont en baisse. Cela requiert aussi des personnels de plus en plus qualifiés. Les règles des plafonds d'emploi, ne facilitent pas là non plus ces évolutions indispensables. Dans cet environnement défavorable, s'est posée la question de ce que devait devenir l'annexe de la Maison de Retraite. Vous étiez face à un dilemme : la fermer avec toutes les conséquences que cela engendrait en terme de capacité d'accueil ou la transformer, en l'occurrence plutôt la reconstruire. Vous avez choisi cette option et élaboré ce beau projet. Vous êtes dans le sillage de ceux qui ont conduit la destinée de cet établissement : Jean-Antoine Miquel, les sœurs, l'abbé Pierre Romieu, père de la maison moderne et de tous les autres. La lecture du livre qui vous est proposé par Jean-Pierre Barès vous permettra d'en savoir davantage sur l'histoire de cette maison.

Pour qu'un projet réussisse, il faut qu'il fédère et retienne une adhésion. C'est d'abord l'adhésion du personnel de la Maison de Retraite. Nous les savions tous complètement dévoués au bien-être des résidents. Ils ont entre autres confirmé leur attachement au devenir de cet établissement en assumant les contraintes supplémentaires qui leur étaient imposés durant les travaux et aussi en apportant un soutien bénévole à différentes opérations destinées à recueillir des fonds.

À Saint-Chély, nous avons eu la chance d'accueillir un excellent médecin, le Docteur De La Brusse. Très bon visionnaire, il a été moteur dans l'organisation des services de santé dans notre ex-canton et au delà. Il a permis à la Maison de Retraite de bénéficier d'un environnement assurant des soins de qualité. Cela a permis de l'engager dans une plus grande médicalisation permettant le maintien dans l'établissement de nombreux malades. Je suis sûr que vous ne me contredirez pas, Madame Marfin, si je souligne le rôle économique que joue la Maison de Retraite pour notre village. Et il était important qu'elle soit belle. Saint-Chély voit passer de très nombreux visiteurs et pèlerins. Il faut leur laisser de belles images pour qu'ils reviennent.

Les habitants ont aussi adhéré à ce projet , en témoigne les nombreux donateurs. Certes, l'on a bien entendu que cela allait défiguré la place, certes, il y a eu quelques nuisances, mais tout cela est presque oublié derrière cette belle réussite. Cela m'a fait chaud au cœur de découvrir cette plaque avec Madame Higonnet, témoignant du lien qui unit la population de Saint-Chély, locale ou expatriée. L'amicale des enfants du canton de Saint-Chély d'Aubrac a depuis sa création en 1908, toujours considéré que la Maison de Retraite était une priorité dans ses actions de soutien qu'elle apportait aux communes de Condom et de Saint-Chély. Cela a débuté dans les années 1920 où deux comités de soutien, l'un à Saint-Chély, l'autre à Paris, étaient constitués. Travaillant main dans la main, leur but était de recueillir les fond nécessaires à un agrandissement de ce que l'on appelait alors l'hospice. En 1949, devant une menace de fermeture, il y eut une grande vente de charité organisée à Paris destinée à compléter les fonds recueillis sur le canton. Dans les années 1970, l'amicale apporta son soutien à l'Abbé Romieu dans son périple parisien destiné à exposer son projet de création d'un nouveau bâtiment sur le terrain de l'ancienne école. Le but était encore une fois de compléter les fonds nécessaires à sa réalisation. Cette équipe qui comportait autour de son Président Maurice Solignac, Eugène Sabrié, Raymond Blat, Adrien Moisset, Paul Mercui, Michel Roux et bien d'autres a été très fortement marquée par cette opération. Elle a transmis cet enthousiasme aux jeunes générations dont nous étions. Ainsi, dans les années 1990, Jean-Marie Fournier, alors Président, Gisèle Charras, Vice-Présidente, et tout le bureau de l'amicale, se mobilisèrent afin de soutenir le projet conduit alors par Jean-Claude Fontanier. Cette fois encore, nous avons essayé de répondre au mieux à l'appel lancé par Geneviève Gasq-Barès et David Morin, dans la lignée des principes que nous avaient transmis nos anciens.

Cette journée marque un nouveau pas dans la vie de la Maison de Retraite. Au cours de la visite nous avons pu apprécier la qualité du travail qui a été fait, avec d'un côté un environnement permettant de rendre la plus agréable possible la vie des futurs résidents, et de l'autre le choix d'équipement moderne et performant facilitant le travail du personnel. Un nouveau challenge s'ouvre : faire vivre cette structure, en assurer le bon fonctionnement, tout en maintenant des coûts de séjours accessibles. Il est certain que le conseil d'administration, le directeur et tout le personnel va le relever sans faillir. Il en serait bien aidé s'il bénéficiait d'un soutien financier accru des institutions publiques. Mais il est aussi important que l'élan de solidarité connu lors de cette phase de construction se prolonge. L'amicale des enfants du canton de Saint-Chély d'Aubrac restera à vos côtés.

En conclusion, je tiens à remercier très chaleureusement tous les donateurs qui par leur contribution ont permis d'assembler les pierres de cet édifice, pierres qui sont un témoignage de la solidarité et du dynamisme qui existent dans nos villages aveyronnais. Sous la haute bienveillance de son illustre parrain, le professeur Bruno Vellas, la maison de retraite vient de prendre un nouveau virage avec en point de mire la poursuite de son ambition de toujours : apporter toujours plus de bonheur et de douceur lors de la fin de vie des plus anciens. Nous ne pouvons que souhaiter pleine réussite à cette ambition, et dire un très grand merci à tous les acteurs qui ont œuvré pour ce projet et qui vont continuer à y œuvrer.»

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