Inauguration de l’Allée Guillaume-Thomas Raynal

Guillaume-Thomas Raynal, né à Lapanouse-de-Séverac le 12 avril 1713, est l’auteur de l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes.

Cet ouvrage, « best-seller » du siècle des Lumières, un des premiers traités sur la mondialisation fait de Raynal le précurseur de l’abolition de l’esclavage. Encyclopédie du monde colonial, le livre qui fait découvrir aux Européens le prix de leur luxe, est avant tout un ouvrage polémique « machine de guerre » contre l’Ancien régime qui dénonce tour à tour l’absolutisme et la Religion. Condamné par la Sorbonne et censuré par le Parlement de Paris, il verra ses éditions se multiplier jusqu’à l’avènement de la Révolution.

Depuis Saint Sulpice, sa paroisse d’accueil, celui qui devait se faire appeler dès lors l’abbé Raynal, ne cessa de se faire un nom dans le monde des Lettres. Tour à tour, correspondant littéraire, journaliste, historien avant de devenir philosophe. Le succès de ses publications en fera l’un des personnages les plus en vue de la capitale, plus connu en son temps que Voltaire et que Rousseau. Maître de cérémonie du Salon de Madame Geoffrin, Raynal saura par les belles-lettres et par l’amitié, conquérir Paris. Sur son exemple, un siècle plus tard, ses compatriotes rouergats feront la conquête de la capitale avec l’amicalisme.

Ayant acquis une fortune considérable, Raynal saura en disposer généreusement pour en faire profiter ses contemporains mais aussi la postérité. C’est ainsi qu’il dota sa paroisse de Lapanouse-de-Séverac de quoi subvenir aux besoins de ses pauvres, la ville de Saint-Geniez d’Olt de quoi installer un établissement scolaire, tout comme il créa, à travers l’Europe, une quantité impressionnante de fondations destinées à promouvoir le progrès et le bonheur du genre humain.

Mais l’œuvre de Raynal devait faire la rencontre de l’histoire. Une histoire en mouvement qui l’emporta sur son passage, par l’avènement de la Révolution française. Une Révolution qu’il avait longtemps appelé de ses vœux en fournissant aux révolutionnaires une bible dont le souvenir sera effacé par son Adresse à l’Assemblée nationale du 31 mai 1791 dans laquelle il dénonce les excès de ses disciples : « J’ai parlé aux rois de leurs devoirs, souffrez que je parle au peuple de ses excès ».

Cette prise de position courageuse pour l’époque, inspirée par son amour de la liberté et de la vérité, sonnera le glas de sa réputation et le rejet de son œuvre. Dès lors, l’oubli s’installa, entretenu à renforts de caricatures pour effacer des mémoires le souvenir de l’illustre Raynal.

Le baptême de l’allée Guillaume-Thomas Raynal vient donc réparer cet oubli. Il vient nous rappeler que c’est au n°1 de la rue des Batailles (aujourd’hui sur l’emplacement de la Place d’Iéna), que Raynal passa ses dernières heures le 6 mars 1796, chez son hôte, le citoyen Corsange ; et que c’est dans ce même quartier qu’au cours des années 1770 il se promenait en compagnie de son ami Benjamin Franklin, pour disserter sur la Révolution américaine.

Une histoire inscrite dans cette allée qui joint aujourd’hui la statue de Benjamin Franklin à celle du général Washington, retraçant par ces deux personnages la longue marche de la république américaine depuis la déclaration d’Indépendance jusqu’à la victoire de Yorktown. Entre les deux, s’inscrit désormais comme un chaînon manquant, le nom de l’auteur de l’Histoire des deux Indes, celui-là même qui allait porter au-delà des continents la voix du Nouveau monde et les aspirations du monde ancien.

L’allée Guillaume-Thomas Raynal vient aussi nous rappeler le souvenir de ce rouergat assez fou de Liberté pour lui faire ériger un monument au cœur des premiers cantons Suisses, en hommage à Guillaume-Tell. Monument inspiré par Benjamin Franklin qui, comble du sort, sera foudroyé quelques années plus tard, l’année de sa mort. L’allée qui conduit à l’Esplanade des Droits de l’Homme dont il fut l’un des premiers promoteurs, est un hommage au plus célèbre des aveyronnais.

 

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