André LACOMBE, une vie au service des organisations professionnelles de la filière ovine laitière.

La plus ancienne photo de Pourcayras

La Fédération des Aveyronnais d’ici et d’ailleurs a toujours à cœur de faire le lien entre tradition et modernité, c’est dans cet esprit que nous vous proposons de partir régulièrement à la rencontre de familles Aveyronnaises ayant marqué leur terre d’ancrage sur plusieurs générations.

Nous avons symboliquement décidé de commencer notre exploration par le secteur de Millau, afin de faire un clin d’œil à notre nouvelle Présidente, Marilise Miquel, qui a grandi à la Graufesenque.

Pour ce premier article, notre choix s’est porté sur la famille Lacombe, à travers le portrait d’un homme, André Lacombe qui a marqué son territoire par des années d’engagement au sein du secteur agricole et particulièrement en faveur de la filière ovine laitière du Roquefort. La ferme de Pourcayras est aujourd’hui exploitée par la 4ème et la 5ème génération des Lacombe, et cela pourrait continuer longtemps…

Il faut remonter aux années 1900 pour identifier l’arrivée de la famille Lacombe sur l’exploitation. Originaire de Vissac, sur la commune de Ségur, François Lacombe, le grand-père d’André, s’était tout d’abord installé aux portes de Rodez. Il est ensuite venu s’installer à Fons de Joug, à proximité de Millau, avant d’acheter la ferme de Pourcayras.

Sur quatre enfants, c’est le seul fils de la maison, Gabriel, né en juin 1893, qui reprendra l’exploitation de brebis laitières, dont le lait était déjà destiné à la fabrication du Roquefort.

À cette époque, la sélection des brebis n’existait pas, l’exploitation regroupait des Caussenardes du Larzac, quelque peu « croisées », et il n’y avait pas encore d’organisation de la filière. Les producteurs entretenaient des rapports directs avec les fabricants de fromage et il faudra attendre 1925 pour que la filière commence réellement à s’organiser. Une organisation qui donnera naissance à La Confédération Générale de Roquefort en 1930.

L’année 2020 devait être ponctuée des festivités du 90ème anniversaire, mais la crise sanitaire actuelle en aura malheureusement décidé autrement…

Lorsque Gabriel Lacombe reprend la ferme familiale, dans les années 1920, l’exploitation se compose d’une trentaine d’hectares de terres labourables, ainsi que quelques « devèzes », destinées à la pâture des brebis. Par la force de son travail, Gabriel multipliera cette surface par deux, notamment en achetant des terres voisines. Avec son épouse Valérie, ils auront sept enfants, dont un seul garçon, avant-dernier de la fratrie, né en octobre 1936… André !

André et Jeanine Lacombe en 1964

Les années s’écoulent et c’est bien plus tard, en 1958, que le père de famille décède brutalement d’un AVC. André était alors mobilisé en Algérie et c’est à son retour qu’il viendra seconder sa maman, restée seule avec l’une de ses sœurs. Il reprendra la ferme en mai 1959, juste avant d’épouser Jeannine, au mois de décembre. De cette union naîtront trois enfants, Michèle, Bernard et Jean-François.

Le ferme de Pourcayras prend de l’ampleur en 1963, lorsqu’André décide de s’associer avec deux de ses voisins, au départ dans le cadre d’une société civile d’exploitation puis, deux ans plus tard, sous la forme d’un GAEC qui sera le tout premier GAEC enregistré en France !

Le GAEC sera recomposé en 1982, lorsque Bernard, l’aîné des fils de la maison, rejoindra André sur l’exploitation, à la fin de ses études agricoles et après avoir pris 35 hectares de terre en location. Dès lors, le GAEC de Pourcayras sera exclusivement familial. Jean-François le rejoindra en 1989, après avoir fait l’acquisition d’un bien voisin, ce qui agrandira l’exploitation de 17 hectares supplémentaires.

Sur les Causses, la nature est aride, les sols sont chargés de pierres et, avant l’arrivée du confort moderne, la vie de nos anciens était souvent très rude…

L’électrification est arrivée en 1957 et le manque d’eau était très souvent une réalité.

Dans les années 1960, aidé par ses voisins, André avait réalisé, « à coups de pioche », les 1650 mètres de tranchées nécessaires à l’arrivée des canalisations acheminant l’eau courante jusqu’à la ferme. Il leur aura fallu deux hivers de labeur pour y parvenir !

L’accessibilité n’était pas aisée non plus, ce fut long et compliqué pour réaliser un chemin d’accès avant que, bien plus tard, il soit goudronné par les services communaux.

La traite des 150 brebis se faisait à la main et ce n’est qu’à partir de 1964, après la construction d’une bergerie par le GAEC, que celle-ci fut mécanisée. La ferme de Pourcayras fut parmi les premières à s’équiper du « système Casse », du nom de la ferme expérimentale de la Société des Caves (inventeur de ce nouveau système). Le GAEC fournissait son lait à la Société des Caves et c’est encore le cas aujourd’hui pour la famille Lacombe.

Soutenu par son épouse Jeannine, André ne s’est pas contenté d’exploiter sa ferme durant de longues années, il s’est engagé dans de nombreuses organisations professionnelles qui font de lui un homme de terrain, pétri de valeurs et de convictions…

Il a en effet assuré différents mandats, dont celui d’Administrateur, puis de Président, de la Fédération des CUMA du département de l’Aveyron.

Après avoir été délégué cantonal de la FDSEA 12, il s’est engagé dans l’organisation économique coopérative. Dans les années 70, il fut administrateur de la coopérative de Saint-Affrique, avant d’en être le Président, en 1980. Il a également été membre de la Chambre d’Agriculture et suite au regroupement de quatre coopératives polyvalentes Aveyronnaises, en 1991, il devient le Président de la nouvelle entité : la coopérative UNICOR.

André LACOMBE est resté Président d’UNICOR jusqu’en 1999, puis il est resté Administrateur en charge de la présidence du secteur ovin jusqu’en mai 2003. Une vie décidément très active pour un jeune retraité qui avait pris sa retraite le 31 décembre 1996 ! C’est à ce moment-là que Bernard et Jean-François avaient officiellement pris les rênes du GAEC de Pourcayras, avec leurs épouses respectives, Françoise et Stéphanie, cette dernière étant malheureusement décédée en 2015.

Agrandie de 75 hectares achetés par Bernard, la ferme n’a cessé de se développer, malgré les affres de l’urbanisation galopante, imposant parfois une réorganisation des terres ; une partie « historique » de l’exploitation se trouve désormais sous l’actuelle Zone d’Activité de Millau-nord…

Aujourd’hui, l’exploitation regroupe environ 230 hectares de terres labourables et un cheptel de plus 850 ovins. L’avenir semble assuré… Il y a une dizaine d’années, Clément, le fils de Bernard, a rejoint à son tour le GAEC familial et qui sait si, derrière les quatre arrière-petits-enfants d’André et Jeannine, ne se cache pas le futur exploitant de la ferme de Pourcayras ?

 

Interview réalisée par Isabelle DESCAVES – Com’ en Aubrac

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