Visioconférence du CGR du 23 janvier 2021: "Souvenirs d'enfance" par Monique Farjounel

Monique Farjounel est née à Najac dans la ferme familiale au lieu-dit la Prade, événement rare à cette époque où tous les bébés naissaient à la clinique à Villefranche-de-Rouergue. Elle a un frère aîné, Bernard.

Sa famille est originaire de cette région bien que certaines branches soient issues du Tarn voisin. Parmi ses ancêtres, on trouve aussi Louis XI, « ancêtre possible mais pas certain ! » dit-elle avec beaucoup d’humour.

La ferme de ses parents pratiquant une agriculture diversifiée, permettait une vie en quasi autarcie grâce à :

  • L’élevage des bovins, porcins, volailles (canards, oies et poules), lapins. Son père était spécialisé dans l’élevage des bovins et sa mère des porcins plus rentable en ces décennies.

 

  • Une polyculture avec la production de blé, orge, maïs destinée à l’alimentation du bétail. Ses parents cultivaient aussi les pommes de terre, choux, cresson, topinambours et autres légumes usuels … Le verger traditionnel produisait des pommes, prunes, poires, cerises, noix… Ses parents possédaient des vignes pour la consommation familiale de vin (pas un grand cru !). C’est ainsi qu’enfant elle buvait quelques gouttes de la production viticole familiale dans un verre d’eau. Ce vin était aussi utilisé pour la fabrication du vinaigre. Le surplus était vendu aux producteurs de vin de Bordeaux. Les châtaignes étaient aussi récoltées dans la propriété.

  • Aux apports de la nature qu’il faut ajouter à la production de la ferme : son père excellait à la pêche, à la cueillette des cèpes et du « reponchon » (prononcer répouchou).

La famille achetait uniquement des produits tels que le sucre, le sel, le poivre et l’huile. Ses parents fournissaient le boulanger en farine de blé et en échange recevaient du pain.

 

Origine de la ferme

Le bâtiment principal a été construit après la deuxième Guerre Mondiale. La pierre provenait de la démolition de l’ancienne ferme appartenant aux grands-parents. La main d’œuvre fut nourrie et reçut, en solde de tout compte, trois cochons.

Les mauvais souvenirs

Le plus mauvais souvenir de Monique Farjounel est la récolte des topinambours. Le ramassage des tubercules destinés à la nourriture des cochons, s’effectuait deux à trois fois par semaine, en automne et en hiver. Quel que soit le temps ou la température, la famille, y compris les enfants, devait les ramasser dans un champ exposé au quatre vents, sans gant, chaussés de galoches en caoutchouc conductrices du froid malgré les grosses chaussettes tricotées par la grand-mère. Les topinambours étaient déposés dans un panier ovale en treillis métallique permettant à la terre de passer à travers les mailles et de laver les tubercules. Ce travail était rude pour les enfants, ce qui fait dire à la conférencière : « Nos parents n’auraient pas pu mieux trouver pour nous dégoûter de l’agriculture ».

Les topinambours sont revenus dans nos assiettes avec le retour des légumes oubliés. Lors d’un cocktail, Monique savoura un petit moment de revanche. Une personne voulant snober son auditoire annonça qu’elle avait mangé des topinambours à son repas de Noël, Monique lui répondit : « Chez moi, on les donnait aux cochons !! ».

Un autre souvenir désagréable est la récolte en hiver des raves destinées à la nourriture des vahes. Les raves devaient être nettoyées dans une eau glaciale avant d’être découpées pour éviter que les vaches s’étouffent.

Parmi les mauvais souvenirs, la récolte des châtaignes est aussi citée. Les châtaigneraies de la ferme se trouvaient implantées sur les pentes abruptes de la vallée de l’Aveyron, toujours dans le brouillard à l’automne. La récolte dans une atmosphère très humide avec peu de visibilité et un terrain difficile expliquent la pénibilité de la tâche qui, en plus, piquait les doigts. Les châtaignes, mises dans des sacs en toile de jute, étaient lustrées avant la vente. Le lustrage se faisait par balancement du sac d’avant en arrière. Les châtaignes étaient vendues à Laguépie. Cette ville est encore aujourd’hui réputée pour son marché aux châtaignes et tous les produits dérivés.

Les bons souvenirs

Monique, pendant son enfance, n’a jamais connu les vacances à la mer ni à la montagne. Sa « mer » c’était l’Aveyron. Un vrai plaisir d’aller s’y baigner. « A l’époque, l’eau n’était pas polluée, quoi que… jamais des mesures n’étaient faites ? »

« N’est-on pas heureux ici ? Que demander de plus » disait son père.

Pendant que les enfants se baignaient, le père pêchait à la main sous les rochers, avec les cordes pour les anguilles et les filets en travers de l’Aveyron. Les vers servant d’appas étaient prélevés dans les sillons de labour et stockés dans une vieille boîte de conserve.

Les anguilles (un délice une fois cuisinées), les truites, les cabots, les tanches et autres poissons de rivière, parfois de belle taille, étaient glissés dans un sac de jute et le retour vers la ferme était exténuant pour les petites jambes des enfants et le père portant plusieurs kilos sur le dos car ils devaient escalader les pentes escarpées de la vallée de l’Aveyron. Les poissons étaient pesés à l’aide d’une romaine. De nos jours, les poissons sont plus rares, des prédateurs comme le black bass ou le brochet ayant été introduits dans la rivière ces dernières décennies.

Monique nous raconte l’aventure de son frère Bernard parti avec son père à la pêche tête sous l’eau, à la main pour saisir les poissons sous les rochers. Pêche sportive, pas sans risque.

Son frère au milieu de la rivière, peu vêtu, fût interpellé par un garde-pêche qui lui demanda son permis de pêche qu’il n’avait évidemment pas. Bernard qui ne manquait pas de répartie, argua de la liberté individuelle, du cours de pêche interrompu, etc. et resta loin de la berge. Le garde-pêche s’éloigna lui disant qu’il saurait le retrouver et le reconnaître. Quelques jours plus tard, il le croisa à la mairie, mais ne reconnut pas le jeune homme habillé et porteur de lunettes.

A la fin de sa conférence Monique Farjounel invite les auditeurs à venir visiter Najac.

Bernard Farjounel a écrit le texte de son aventure avec le garde-pêche, intitulé « Une partie de pétanque ? Non de pêche ! ». Vous le découvrirez ci-après. Ce texte a été lu et enregistré par un comédien.

« Tranquilles entre Najac en Rouergue et le pont-tunnel de Grèse sous Mergieux et Cassagnes, une après-midi comme on se les souhaite, grand soleil, calme, et ……volupté ? Eau limpide et câline, petite brise, fraîcheur et rochers disponibles.

Que du Bonheur !

Et LÀ, oui LÀ, où ça ? Là puisqu’on vous le dit, sous la pierre et à condition d’avoir la main « leste », le poisson, de ces poissons, barbillons et cabots, parfois tanches et truites, (mais CHUT !), que nous envie toute la Chrétienté d’Occident … et même l’Au-Delà ; pourquoi attendre et remettre à plus tard, puisque le PARADIS, il est LÀ.

Il suffit d’un peu de volonté, de beaucoup de dextérité et la connaissance des lieux, du « nom » des rochers, et plouf sous l’eau, la main câline le dos de quelques « énergumènes », ces derniers « osant » faire la sieste à la fraicheur de quelques « pierres » bien connues, sans être tenues secrètes, de quelques « Docteurs ès Cabusse ».

Remplissez vos poumons à bloc, tête sous l’eau et d’une main experte saisissez la bête, non au collet, mais bien pouce derrière « l’oreille », en fait l’ouïe du bestiau et HOP, remontez en urgence, brandissez le trophée (jusqu’à 1,5 kilo), faites-vous gifler d’un coup de queue désespéré et plouf dans le sac de jute….peut-être produit au Bangladesh et ayant transporté du café d’Afrique ou du Brésil devant être grillé par Mrs Portal et Miquel, (HUM ! la bonne odeur à la rentrée de l’école, le matin).

Que du BONHEUR !

«  Le Temps  Perdu …. « Le Temps Retrouvé » Madeleine où es-tu ?

  

Et du rêve à la réalité !

Et PAF !

Ne voilà-t-il pas qu’un « malotru » assermenté, tout de vert vêtu, en tournée pédestre et digestive au bord de l’eau……. et ce alors même qu’il aurait très bien pu « siester » sous quelque agréable frondaison, compter libellules et papillons….ou qui sait peut–être conter fleurette à quelque soubrette bien intentionnée, toute à la morale sauvegardée……(un ange passe)…….., vint quelque peu pimenter cette agréable réunion « professionnelle » à visée de « formation continue », mêlant GASTRONOMIE et Exercices Physiques … et SAUVEGARDE de LA CIVILISATION.

En plein exercice pratique, nous voilà « interpellés », par celui que tout le monde aura bien sûr et j’en suis certain, reconnu comme étant le GARDE-PECHE.

Sans que nul ne soit mouillé, si ce n’est les élèves et enseignants, qui dans l’eau demeurèrent sagement éloignés de la berge …..N’agitant ni carte d’identité, ni permis de pêche… comme n’en ayant jamais détenus

L’interpellant se trouva fort dans l’embarras, pensant interrompre une partie de braconnage, il se retrouve bel et bien « interpellé » et culpabilisé pour avoir interrompu une page d’histoire, de ces pages qui font la Grande Histoire de la VIE, celle de la CIVILISATION des Ruthènes barbares du Rouergue, tous voisins, tous cousins …………

Voyant qu’il ne pouvait décemment gâcher une partie de pêche « à ma tasta » aussi bien engagée (2éme acte , scène 3…….), de ces moments épiques, lyriques, folkloriques, historiques, CIVILISATIONNELS, de cette pêche traditionnelle qui a nourri de poisson de rivière des dizaines de générations et des centaines de familles, il se retira prudemment, fondant son vert avec celui des fougères et des buis , ainsi que le fit César à Gergovie.

Il battit en retraite.

Notre honneur gaulois était sauf, force reste aux Ruthènes sur leurs terres ancestrales.

Alea Jacta est ! Allez jacter ailleurs !

Pour maintenir les traditions, transmettre la Culture et la Technique, célébrer cette Victoire incontestable de La Raison, dans une après-midi de saison, il convient bien entendu que nous procédions, quand il vous plaira, à Najac en Rouergue, en Aveyron, Région Occitanie, Pays des Celtes Ruthènes depuis longtemps Romanisés et Francisés, à la démonstration de cette pêche traditionnelle à « CABUSSA », « à la MA ».

« Vous i esperi » « Trouvas un garda pesca e un sac » « Pla venguts à NAJAC, l’Estiu !»

 

Après cette lecture, nous avons trouvé intéressant de demander à Bernard Farjounel de raconter cette aventure et de l’enregistrer. Nous avons proposé un résumé de l’histoire raconté par un tiers, un écrit et un récit oral. Nous avons donc pu comparer trois façons de présenter un même événement.

Dans le récit enregistré, Bernard fait de nombreuses diversions, nous parlant de la ligne de chemin de fer passant par Najac et longeant le lieu de pêche, de l’histoire des Ruthènes, des méthodes de pêche et des moyens utilisés. Il conclut en invitant les auditeurs à venir à Najac prendre un cours de pêche, la tête sous l’eau et à la main ! En été évidemment.

Texte conférence et photos : Monique Farjounel

Récit et enregistrement de l’aventure avec le garde-pêche : Bernard Farjounel

Lecture du récit écrit : Éric Frade

Réalisation du diaporama : Christian Dumoulin, Monique Farjounel, Danielle Gennat et Michel Guillemain

Modérateur : Éric Felgines

Prêt des moyens techniques et de la salle : Fédération des Aveyronnais d’Ici et d’Ailleurs (FAIA).

 

Cette visioconférence était pour notre équipe une première. Merci à tous les participants.

 

Danielle Gennat

Roc de Bano de Biau

Gabriel Farjounel et Zélia Guy

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