Un passage parisien au nom d'Emma Calvé

Ce samedi 12 octobre 2019, une nouvelle voie parisienne était baptisée du nom d'une illustre aveyronnaise : Emma Calvé. Ce nouveau passage se situe dans l'espace historiquement occupé par la caserne de Reuilly. Comme l'a indiqué Madame Baratti-Elbaz, Maire du douzième arrondissement, ce nouvel aménagement urbain va permettre de réduire la fracture entre les deux parties de l'arrondissement. Elle a aussi choisi de dédier toutes les nouvelles rues créées lors de cet aménagement à des femmes illustres dont Emma Calvé. Jean-François Gaillard, Président du Conseil Départemental de l'Aveyron a rappelé l'engagement social de cette femme qui en 1916 a chanté la Marseillaise et fait chanter notre hymne national au 30000 spectateurs du Central Palace de New-York, tout cela au profit d'oeuvres charitables.

Dans son allocution, Pierre Vincens, Coprérésident de la Fédération Nationale des Amicales Aveyronnaises, a brievement rappelé le parcours de Rosa Noémie Emma Calvé qui est née en 1858, à Decazeville dans l'ouest du département de l'Aveyron, territoire du bassin houiller. Son père était d'ailleurs entrepreneur pour la société des Houillières et Fonderies de l'Aveyron. En 1862, la crise dans les houillières conduisit son père dans les Pyrénnées Orientales et l'Espagne. Ce fut l'occasion pour Emma Calvé d'y apprendre l'espagnol mais surtout y découvrir le Flamenco et le Zapatéo. Selon un article qui lui était consacrée dans la revue du Rouergue dans les années 1970, elle vécut sa jeunesse chez sa tante à Labastides-Pradines. Cette dernière occupait les longues soirées d'hivers à lui conter des histoires de « trèbas ». Les trèbas ce sont des revenants en langue d'oc. Cela developpa son imaginaire et son esprit artistique.

Elle eut la chance de pouvoir recevoir une éducation musicale au couvent bleu de Tournemire où on lui trouve une joli voie bien timbrée. Et la voilà partie à Paris vers 16 ou 17 ans où elle prenait des cours de chant. Elle obtint un premier engagement au théatre de la monnaie de Bruxelles en 1881 où elle joua notamment la Marguerite de Faust.

Ce fut le début d'une carrière prestigieuse de cantatrice soprano, qui la conduisit à la Scala de Milan, à Rome, à Madrid, à Londres, au Metroplitan Opera de New York, à Boston, à Chicago et aussi à Paris à l'Opéra Comique où elle joua Carmen qui fut son rôle phare. Mais quel que soit le lieu où elle se produisit, elle n'oublia pas son Rouergue natal. Elle mentionna dans ses mémoires « Chère petite patrie où je reviens tous les ans, avide de la retrouver et que tous les plus beaux pays du monde n'ont pu me faire oublier. ». Elle achèta le Château de Cabrières aux portes de Millau et consacra une part importante de ses gains de cantatrices à sa restauration. Elle aimait accueillir dans ce château ses camarades de scènes, ses amis du théatre, de la peinture, de la sculpture notamment Rodin. Elle eut aussi de nombreux échanges avec les artistes occitans : Denys Puech, Justin Bessou, Edouard Galy, Frédéric Mistral qui l'invite. Elle chantait d'ailleurs en longue d'Oc.

A côté de son talent artistique, Emma Calvé était généreuse. Témoin de grands drames de la vie, elle crééa dans son château une école de chant, mais aussi un sanatorium pour les fillettes de Millau. Durant les années de guerre 1914-1918, elle partit en Amérique et se mobilisa pour collecter des fonds pour la croix-rouge. Elle donnait des concerts dont les bénéfices sont reversés à cette institution. Elle organisait aussi des concerts aux profits des oeuvres de bienfaisance de son cher Rouergue où elle chantait des chansons de pâtres.

Comme beaucoup d'Aveyronnais, Emma Calvé, issue d'une famille modeste est restée toujours très attachée à ses racines mais aussi à son éducation. Elle porta très haut les couleurs de la France et de son Aveyron natal. Sa vie raisonne d'autant plus pour nous que la Fédération Nationale des Amicales Aveyronnaises a cette vocation d'apporter une aide aux jeunes aveyronnais et de promouvoir notre terroir.

Les aveyronnais sont très fiers que la ville de Paris ait choisi Emma Calvé pour nommer ce passage permettant ainsi de perpetuer sa mémoire. Ils adressent leurs remerciements à Madame Baratti-Elbaz, Richard Bouigue et à tout le conseil municipal.

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