Les 70 ans du Sport Quilles Rouergat fêtés à l'Auberge Aveyronnaise

A Paris, les quilles se répartissent actuellement en deux clubs, d’une part la Solidarité Aveyronnaise, créé en 1912 par le Docteur Ayrignac et qui occupe le terrain de la Porte Saint-Cloud depuis 1946, et d’autre part le Sport Quilles Rouergat (club de Belleville) créé en 1949 et qui occupe le terrain de la rue du Télégraphe dans le 20e arrondissement depuis la fin des années 50.

A l’initiative du président actuel, Laurent Cayla, les adhérents du SQR se retrouvaient le 6 mars dernier, juste avant le confinement, à la fameuse Auberge Aveyronnaise à Bercy, pour fêter les 70 ans du club, accompagnés de leurs épouses.

Côté historique, il faut savoir que ce club fut fondé juste après la guerre en 1949 par les Aveyronnais installés aux alentours du 20e arrondissement comme bougnats ou commerçants comme Sylvain Trigosse, le père de Mario, afin de pratiquer notre sport dans la Capitale.

Le premier terrain se trouvait rue de la Villette (Paris 20e ), occupé déjà par des boulistes et qui s’appelait «La boule d’or». Une dizaine d’années plus tard, ces mêmes Aveyronnais, rejoints par un certain Émile Plagnard, originaire de Prades-d’Aubrac, avaient repéré un terrain en friche faisant l’angle de la rue du Télégraphe et de la rue de Belleville, mitoyen d’un cimetière, et dont les dimensions convenaient parfaitement pour y établir six jeux de quilles. Usant de ses relations, Émile Plagnard — dont le terrain porte toujours son nom — obtint rapidement l’autorisation de la mairie du 20e  d’occuper les lieux en contrepartie de nettoyer le terrain de tous les détritus entreposés, de niveler le sol qui se trouvait en pente, de planter des arbres autour et de clôturer l’ensemble.

Tous ces travaux furent réalisés par les quilleurs sans aucunes subventions de la mairie. Il est vrai que le travail manuel ne rebutait pas ces gaillards aveyronnais qui pour certains manipulaient et portaient des sacs de charbon dans les étages à longueur de journées. Ils avaient même poussé le luxe de couler une bande d’asphalte pour prendre l’élan à chaque distance, ce qui n’a jamais été reproduit sur aucun autre terrain à notre connaissance.

Pour l’anecdote, Marcel Goutal, originaire de Soulages-Bonneval, aimait nous raconter qu’il était en train de faucher les hautes herbes pour défricher le terrain en y mettant le feu, lorsque la fumée qui s’en dégagea attira des agents qui voulurent l’arrêter. Celui-ci, continuant à faucher, fit semblant de ne rien comprendre et leur répondit en patois désemparant complètement les agents.

A noter également que ce terrain fut celui d’entraînement assidu de Jean et Marcel Molinié dont le commerce de bougnat se situait à 150 mètres, rue du Borrégo, et que leur équipe, complétée par Edouard Ratier et menée par Jean Paul, remporta 11 fois les championnats de France dont 9 années consécutives de 1960 à 1968 ne laissant aucune chance aux équipes aveyronnaises.

On comprendra aujourd’hui que les quilleurs aveyronnais de Paris sont viscéralement attachés à ce petit bout de terrain et ne sont pas prêts à le lâcher pour d’autres éventuelles convoitises, après le projet il y a quelques années de création d’un cimetière musulman et dernièrement d’une extension de végétalisation.

A cette soirée anniversaire, François Lautard avait convié Pierre Rabadan, responsable des sports auprès d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, et Laurent Beauvais, de la mairie du 20e , pour les remercier de leur aide et de leur soutien quant à la sauvegarde de notre terrain.

Dans son discours, M. Rabadan relata les différents échanges intervenus entre François et les services concernés et mit en avant l’opiniâtreté de ce dernier.

Laurent et François les remercièrent tour à tour en ayant bien compris que pour un certain temps cette aire de jeux devrait rester aveyronnaise.

Après le délicieux repas, la bougie du gâteau fut soufflée par les derniers présidents François, Philippe Recoules et Laurent bien sûr (de droite à gauche sur notre photo).

Pour tous ceux qui le désiraient, Laurent avait fait élaborer un superbe couteau de Laguiole personnalisé à l’emblème du SQR.

Le champagne Pommery de François et les chansons de «Mimile» (Jean-Claude Bou) clôturèrent cette belle soirée.

Le nouveau bureau, présidé par Laurent Cayla, est bien parti pour perpétuer l’ambiance des quilles sur les hauteurs de Belleville et rendre toujours hommage à la détermination de nos anciens avec une pensée particulière pour notre ami Mario —le gendre d’ailleurs d’Emile Plagnard— absent au repas pour cause de santé, et qui a su présider notre club et le comité de Paris avec talent et efficacité pendant 35 ans. Un grand merci à eux.

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